Thème n°2

Thème n°2



1) Continuer ce poème de Paul Verlaine, en vers ou en prose.
Seule contrainte, ce texte doit être lyrique.
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant


2) Écrire un texte en rapport avec cette image.


3) Inventer une couleur.


4) Écrire la suite de ce texte, en remplaçant le Elle par un prénom féminin ou masculin. Textes de tous genres attendus.
"Elle était bien ici, au calme.
Pour la première fois depuis longtemps, elle n'éprouvait ni fureur, ni frustration."




Merci beaucoup à tous les participants de ce thème.
[Thème fermé]
8 Textes ont été postés...
# Posté le samedi 05 avril 2008 10:05
Modifié le mardi 17 juin 2008 05:50

[1]Texte de Sophie

Texte de Sophie

Soirée à la con. C'est horrible de voir à quel point je suis seul, à me guider dans la nuit avec mon portable, jusqu'à apercevoir un endroit assez éloigné pour me cacher. Je dois avoir l'air pathétique, à chercher un abri dans un jardin, alors, que, dix mètres plus haut, des tonnes d'idiots se la donne sur une piste de danse. Finissant par abandonner l'idée de pouvoir m'abriter dans un endroit correct, je me planque derrière un buisson et m'assieds sommairement, tentant de calmer le vertige qui m'assaille. Le froid de la nuit mord mes joues, et je refuse de les réchauffer avec mes larmes de pauvre con. J'ai juste envie qu'on me foute la paix, qu'on me demande plus de penser quoi que ce soit. Je laisse les feuilles grattouiller mon cuir chevelu et je fouille dans les poches, atteignant déjà le papier plastifié qui enveloppe mes clopes. J'ai juste envie de me laisser aller, là, maintenant, que ma tête se vide, et que toute les questions qui me hantent se barrent. Je suis déjà mort, mais je m'achève encore plus. Une main en coupe, je fais tourner la roulette de mon briquet et j'entends le grésillement à peine perceptible du tabac qui rougeoie faiblement dans la nuit. Je me sens affreusement seul, bourré comme jamais et passablement déprimé. Tout, à ce moment là, me parait dérisoire et stupide. Ma présence même en cet endroit me parait une erreur. La fumée âcre m'arrive dans les yeux, m'annonçant à sa manière que je fume mon filtre. La cendre doit gésir sur mon jean, et je m'en fous. Je reprends mon paquet, cale un autre embout sec entre mes lèvres et trouble une fois de plus la nuit et le silence. Je n'arrive plus à penser, mais j'arrive encore à allumer mon briquet et c'est ce que je fais, tournant faiblement la roulette pour former cette flamme minuscule qui fouille mes yeux d'une lueur douloureuse, l'espace d'un instant. Des images coulent lentement dans ma tête, des suites d'évènements idiots, qui me rappellent que je ne suis pas ici par hasard. Me rappellent aussi, qu'en haut, dans cette espèce de beuverie, tout le monde me repousse. Personne n'en a rien à faire, que je sois ici, tout le monde se fiche du pauvre mec planqué au fond du jardin, la gorge serrée, qui a encore l'espoir que tout ceci n'est qu'un rêve. Et cette éternelle question qui me hante l'esprit... Pourquoi suis-je si méprisable, aux yeux des autres? En quoi me jugent-t-ils différent? Ou étaient mes amis, quand ces espèces de types, se croyant visiblement tout permis, m'ont balancé un "dégage" pas vraiment amical? J'allume une énième cigarette anonyme, dont il ne restera qu'un moignon dans quelques minutes, et qui viendra rejoindre les cadavres de ses congénères à même le sol. Des tonnes de filtres, comme autant de blessés agonisants, dont la fumée a vainement essayé de brouiller les scènes détestables me venant à l'esprit, ces séquences immondes se répétant dans un horrible refrain, et me donnant l'envie subite de tout envoyer en l'air. Qu'ils me foutent tous la paix. Qu'ils arrêtent de m'inviter à leurs "soirées" ou ils m'acceptent parce que je fréquente les bonnes personnes, mais où ils n'hésitent pas à me foutre royalement à l'écart, histoire de bien me pourrir la vie. A cet instant, je me hais, et je nie ma valeur. Je ne suis rien d'autre que mon plus gros problème, une épave. Un léger vent d'automne vient chasser la fumée directement dans mon regard. Mes yeux piquent et s'humidifient. Je tente de les frotter pour chasser ce désagrément, mais chaque parcelle de mes iris me brule et déborde de liquide. La fumée n'y est pour rien. Et, jetant mon mégot à travers la nuit, je pleure en silence, pour ne pas briser le calme silencieux des ténèbres.

# Posté le jeudi 10 avril 2008 11:42
Modifié le samedi 10 mai 2008 06:13

[2]Texte de Justine

Texte de Justine

La couleur du bonheur
Karen caressa distraitement l'eau avec sa main. Elle avait une texture encore nouvelle, une teinte différente aussi. C'était beau... apaisant. Comme le rouge peut exciter, le bleu reposer, le jaune réchauffer, le vert rafraîchir... enfin, celle-ci l'apaisait et quelque chose d'autre aussi... elle ne faisait pas que ralentir le battement affolé de son coeur. Elle calmait tout son corps, comme le laissant couler. Elle la réchauffait. Elle sentit son corps s'emplir d'une sensation de joie au fur et à mesure qu'elle contemplait la surface de l'eau. C'était bon... petit à petit toute source de malheur avait disparu de son cerveau, elle se sentait prête à tout, tout de suite, jamais encore elle n'avait ressenti la vie comme ça. Tout ça grâce à une couleur se dit-elle. C'était ça, c'était cette teinte étrange qui l'avait débarrassée de toutes ces sottises de la vie adulte. Une couleur qui rend amnésique des soucis se plut-elle à dire, de toute façon personne ne l'écoutait, elle était seule à ce bout de l'embarcation, les autres riaient dans les cabines, ils devaient jouer aux cartes encore... elle en avait eu marre de jouer aux cartes, elle préférait rester là et contempler la mer et... cette couleur extraordinaire. Elle sentit son être lui échapper un instant puis se reprit. Elle leva le nez et admira le ciel et ses étoiles... c'était beau, vraiment. Mais la mer n'avait pas la couleur du ciel ce soir, elle avait sa propre coloration... Quelque chose entre le rouge et l'ocre. Ambre? C'était merveilleux, chatoyant... au loin l'eau semblait reprendre la couleur du ciel, mais là, sous ses doigts, c'était une toute nouvelle chose. Comment rendre ceci en peinture? Comment en teindre un tissus? Elle voulait cette couleur pour sa chambre... pour ses habits, pour tout. Elle la rendait tellement... heureuse. Le bruit s'intensifia drôlement et elle tourna la tête vers la droite. Les autres étaient sortis et paraissaient préoccupé. L'un d'eux vint la voir et lui demanda si elle avait vu quelque chose:
« _Quoi donc ?
_ Rien rien... ».
Elle les examina les uns après les autres et s'aperçut qu'il manquait Gordon. Où était-il donc passé? D'habitude il ne lâchait pas Lisa d'une semelle. « Où est Gordon? » Personne ne lui répondit, ils avaient l'air mal à l'aise et totalement déboussolés. Comme s'ils avaient fait une grosse bêtise... elle retira sa main de l'eau et les fixa les un après les autres, ils évitèrent son regard et baissèrent la tête. « Que s'est-il passé encore? Regardez cette couleur... n'est-ce pas magnifique? » Ils se regardèrent et vinrent voir la merveille dont elle parlait. C'était beau en effet... Mais très particulier. « le sang et l'eau.. c'est fou ce que ça procure comme sensations, vous trouvez pas ? » Karen ouvrit grands les yeux et ramena ses doigts vers son visage, ils étaient maculés de cette couleur étrange. Elle hésita quelques seconde et porta son index à ses lèvres, ça avait le goût de sel, d'eau et de... de sang effectivement. Lentement le corps de Gordon dérivait vers le large, semant La magnifique teinte partout là où il passait.

# Posté le jeudi 10 avril 2008 11:44
Modifié le jeudi 08 mai 2008 16:49

[3]Texte de Joséfin

Texte de Joséfin

Elle était bien ici au calme. Pour la première fois depuis longtemps elle n'éprouvait ni fureur ni frustration. Non il semblait que le temps s'était arrêté. Il n'y avait plus qu'elle, elle et l'immensité de la mer, dont les vagues venaient lui chatouiller les pieds, elle et le vent qui soufflait dans ses cheveux défaits chassant toute sa mélancolie. Elle sécha une dernière larme qui avait coulé sur sa joue, se jurant à présent qu'elle ne pleurerait plus. Non il lui fallait continuer elle n'avait plus le choix. Mais elle gardait toujours au fond d'elle cette colère qui avait éclaté le jour où ses parents lui avaient annoncés l'impossible, l'abominable.
« Mais tu devrais être contente ma chérie, toi qui voulais tant que l'on parte d'ici ! »
Et elle avait crié, non hurlé, que non elle ne voulait pas, non, non, ET NON !!! Mais comment avaient ils pu croire une chose pareille ?!?
Enrageant contre sa propre impuissance elle avait laissé les larmes couler, acides, amères, lui brulant les joues et le c½ur. Comment leur expliquer qu'à présent sa vie était ici, qu'elle avait finit par aimer cet endroit, la chaleur du soleil, les cris des mouettes, les embruns des vagues, la douceur des jours qui s'écoulaient ici dans un bonheur parfait... C'est vrai, elle avait mis du temps à s'adapter, mais cette
île c'était devenu son chez elle, son petit paradis. Mais les mots lui manquaient pour dire tout cela, alors elle s'était tue s'enfermant dans son silence et dans sa frustration. S'en était suivit les scènes mélodramatiques avec les amis, et que je pleure, viens dans mes bras, oui toi aussi tu vas me manquer. Elle ne supportait pas ces moments qui lui rappelaient que la fin approchait. Demain. Oui demain elle s'en irait. Elle avait décidé qu'elle marcherait droit devant elle, sans se retourner, sans une pensée, ni un dernier regard pour cette terre où
s'étaient déroulées les plus belles années de sa vie. Non, il était trop tard pour les regrets. Elle s'en irait. Car elle savait déjà que non, elle ne reviendrait pas...
Dans un soupir, elle leva les yeux vers l'horizon et en eut le souffle coupé devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux. Sublime. Splendide. Magnifique. Il n'y avait pas de mots pour décrire ce qu'elle voyait. La lumière rasante du soleil couchant scintillait sur l'eau, la recouvrant d'un manteau d'argent qui vibrait au rythme des vagues. Même la mer, dont l'horizon se fondait dans le ciel, si bien
qu'on ne pouvait plus en distinguer la limite, brillait de reflets turquoises, marines, argentés, dans un arc en ciel bleuté. Et le ciel ! Le ciel ! Les nuages illuminés par la lumière du soleil s'étendait déployant leur reflets d'abord jaunes, puis orangés, de ces teintes douces, caressantes, passaient ensuite à du rose et du violet dans un
dégradé parfait.
« Un dernier cadeau d'adieu envoyé de là haut... »
Et elle resta là longtemps, à admirer en silence, jusqu'à que les couleurs s'estompent, remplacées, par le noir d'encre de la nuit, seulement ponctué de quelques étoiles. Alors dans un léger froissement de tissus, elle enleva ses vêtements et s'avança dans l'eau, puis se mit à nager dans cette l'immensité liquide. Elle se sentit enfin libre et légère, telle une sirène dans sa robe aquatique, une cendrillon des mers assistant à son dernier bal. Elle ferma les yeux et laissa son corps flotter, seulement portée par les va et viens caressants des vagues. Et son souffle s'évanouit dans la fraicheur de l'air alors que sans bruit, son corps s'enfonça doucement dans les flots.

# Posté le jeudi 10 avril 2008 11:47
Modifié le jeudi 08 mai 2008 16:49

[4]Texte de Ludivine

Texte de Ludivine
*



Elle ne contrôlait plus rien. Elle avait perdu tout sens de la réalité. Allumant une cigarette, rien ne pouvait l'atteindre. Le voir mort ne lui aurait rien fait. Une autre cigarette. Son paquet, qu'elle touche du bout de doigt, se retrouve projeter dans le vide. Les larmes coulées auraient pu tomber. Mais à trop être apparues, il ne reste plus rien. Des cris silencieux lui tordent le ventre. Elle n'avait rien demandé après tout. Debout, à moitié nue devant le précipice, tout s'arrêta. Encore une fois... Quelle monstrueuse torture ! Solitude constante, incomparable. Elle ne vivait pourtant que pour elle, et pour lui. Il semblait n'exister aucune réalité plus belle que la sienne. Les horreurs de ce monde ne pouvaient les atteindre, pas plus que la mort de leur propre frère. Elle est mort morte, noyée dans ses illusions. La descente aux enfers commence. Elle ne survivra pas longtemps maintenant. Son coeur est à mi-chemin entre le premier et le dernier battement. Ses doigts se recroquevillent sur une main invisible. Ses yeux, entrouverts, sont abandonnés. Elle n'entend rien, ne parle pas. Une douleur commence à se ressentir dans sa poitrine. De plus en plus forte. La respiration devient difficile. Mais elle ne bouge pas, ne s'affole pas. Un sourire se dessine peu à peu, difficilement. C'est la première fois.


# Posté le mardi 06 mai 2008 16:21
Modifié le mardi 17 juin 2008 05:50