Soirée à la con. C'est horrible de voir à quel point je suis seul, à me guider dans la nuit avec mon portable, jusqu'à apercevoir un endroit assez éloigné pour me cacher. Je dois avoir l'air pathétique, à chercher un abri dans un jardin, alors, que, dix mètres plus haut, des tonnes d'idiots se la donne sur une piste de danse. Finissant par abandonner l'idée de pouvoir m'abriter dans un endroit correct, je me planque derrière un buisson et m'assieds sommairement, tentant de calmer le vertige qui m'assaille. Le froid de la nuit mord mes joues, et je refuse de les réchauffer avec mes larmes de pauvre con. J'ai juste envie qu'on me foute la paix, qu'on me demande plus de penser quoi que ce soit. Je laisse les feuilles grattouiller mon cuir chevelu et je fouille dans les poches, atteignant déjà le papier plastifié qui enveloppe mes clopes. J'ai juste envie de me laisser aller, là, maintenant, que ma tête se vide, et que toute les questions qui me hantent se barrent. Je suis déjà mort, mais je m'achève encore plus. Une main en coupe, je fais tourner la roulette de mon briquet et j'entends le grésillement à peine perceptible du tabac qui rougeoie faiblement dans la nuit. Je me sens affreusement seul, bourré comme jamais et passablement déprimé. Tout, à ce moment là, me parait dérisoire et stupide. Ma présence même en cet endroit me parait une erreur. La fumée âcre m'arrive dans les yeux, m'annonçant à sa manière que je fume mon filtre. La cendre doit gésir sur mon jean, et je m'en fous. Je reprends mon paquet, cale un autre embout sec entre mes lèvres et trouble une fois de plus la nuit et le silence. Je n'arrive plus à penser, mais j'arrive encore à allumer mon briquet et c'est ce que je fais, tournant faiblement la roulette pour former cette flamme minuscule qui fouille mes yeux d'une lueur douloureuse, l'espace d'un instant. Des images coulent lentement dans ma tête, des suites d'évènements idiots, qui me rappellent que je ne suis pas ici par hasard. Me rappellent aussi, qu'en haut, dans cette espèce de beuverie, tout le monde me repousse. Personne n'en a rien à faire, que je sois ici, tout le monde se fiche du pauvre mec planqué au fond du jardin, la gorge serrée, qui a encore l'espoir que tout ceci n'est qu'un rêve. Et cette éternelle question qui me hante l'esprit... Pourquoi suis-je si méprisable, aux yeux des autres? En quoi me jugent-t-ils différent? Ou étaient mes amis, quand ces espèces de types, se croyant visiblement tout permis, m'ont balancé un "dégage" pas vraiment amical? J'allume une énième cigarette anonyme, dont il ne restera qu'un moignon dans quelques minutes, et qui viendra rejoindre les cadavres de ses congénères à même le sol. Des tonnes de filtres, comme autant de blessés agonisants, dont la fumée a vainement essayé de brouiller les scènes détestables me venant à l'esprit, ces séquences immondes se répétant dans un horrible refrain, et me donnant l'envie subite de tout envoyer en l'air. Qu'ils me foutent tous la paix. Qu'ils arrêtent de m'inviter à leurs "soirées" ou ils m'acceptent parce que je fréquente les bonnes personnes, mais où ils n'hésitent pas à me foutre royalement à l'écart, histoire de bien me pourrir la vie. A cet instant, je me hais, et je nie ma valeur. Je ne suis rien d'autre que mon plus gros problème, une épave. Un léger vent d'automne vient chasser la fumée directement dans mon regard. Mes yeux piquent et s'humidifient. Je tente de les frotter pour chasser ce désagrément, mais chaque parcelle de mes iris me brule et déborde de liquide. La fumée n'y est pour rien. Et, jetant mon mégot à travers la nuit, je pleure en silence, pour ne pas briser le calme silencieux des ténèbres.
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